Quand un Juge fait le diagnostic de l’appareil judiciaire haïtien

La société haïtienne est assoiffée de connaître les résultats de plusieurs enquêtes policières et judiciaires, voire même de suivre le procès de beaucoup de dossiers dont l’assassinat du président Jovenel Moïse, des dizaines de personnes tuées à Delmas 32, de Me Monferrier Dorval, pour citer les plus récents. Le président de l’association professionnelle de Magistrats (APM), Me Martel Jean Claude, exprime ce 27 juillet 2021, au micro de la presse, son inquiétude relative aux attentes de la population qui risquent de ne pas être comblées car, dit-il, la justice haïtienne n’est pas au rendez-vous.

Quand un Juge fait le diagnostic de l'appareil judiciaire haïtien - Martel Jean Claude
L’avocat Martel Jean Claude

Depuis 1986, la justice se trouve au cœur des principales revendications de la population. Nous n’avons jamais construit une justice stable pourtant c’est un service public et un même un pouvoir de l’État, regrette Me Martel Jean Claude.

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Le Magistrat continue en mentionnant que la justice n’a jamais eu une politique publique. Elle n’a pas les moyens pour fonctionner de manière normale parce qu’elle n’a pas un budget propre à elle-même, ajoute-t-il.

Plus loin, l’homme de loi raconte une anecdote en vue de mieux diagnostiquer le système judiciaire haïtien, « Dans le cadre de l’affaire Bretous qui avait commis un double assassinat sur les deux jeunes. Il y avait des traces de sang à l’arrière d’un véhicule, l’inculpé avait fait savoir que c’était des traces de sang d’animaux. Le juge qui était en train d’instruire le dossier avait demandé au CSPJ de faire appel à des services d’un expert pour analyser la nature des traces de sang. En raison du coût élevé de l’expertise, le CSPJ n’a rien fait, jusqu’à ce que Bretous soit décédé à la prison civile de la Croix-des-Bouquets ».

Pour qu’il y ait une justice forte, il faut d’abord une volonté politique, affirme Me Martel Jean Claude. C’est évident, les dirigeants haïtiens ne sont pas au-dessus de tout soupçon. Ils ne veulent pas que la justice soit forte, pour qu’ils ne répondent pas de leurs actes, poursuit le numéro un de l’APM. Quand ils sont concernés dans un dossier judiciaire, ils ont des stratégies pour diriger l’affaire vers des juges spéciaux, personnels à eux, ajoute-t-il.

Honnêtement, il y a des juges qui ne sont pas à la hauteur de leur fonction. Certains ont l’habitude de prendre des pots de vin. Il y a aussi des juges nonchalants, qui ne respecte pas les délais légaux », avoue le Magistrat tout en soulignant qu’il décrit la situation de la justice haïtienne avec beaucoup de peines.

« En état actuel des choses, si rien n’est fait pour garantir des formations continues pour les juges, ils ne seront pas à la hauteur de certains dossiers de criminalité exigeant beaucoup d’expertises », prévient Me Martel Jean Claude.

C. E/Image7

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