Cap-Haïtien: le séisme de 1842 ou l’histoire tragique de la destruction d’une ville. Quelle leçon pour demain?

À Cap-Haïtien, c’est la panique totale chez la population urbaine depuis le tremblement de terre du samedi 14 août 2021, suivi d’une rumeur selon laquelle la deuxième ville d’Haïti allait être frappée d’un gros séisme tout de suite après le Sud. Cela dit, les gens ont très vite oublié qu’un tremblement de terre ne se prédit pas comme on prédit le mauvais temps, la pluie ou la tempête, et que l’important ce n’est pas de paniquer mais d’être préparé.

Les études ont démontré qu’au moment d’un séisme au Cap, seuls les mieux préparés seront sauvés. Les personnes qui iront dans toutes les directions sous la panique, périront. Ainsi, il appartient aux autorités de préparer la population en leur indiquant des consignes. C’est un travail qui prendra du temps.

La suite après cette publicité

Mais, pour l’histoire et pour la vérité, qu’est-ce qui s’est vraiment passé en mai 1842 lorsque la ville du Cap-Haïtien a été entièrement détruite par un terrible tremblement de terre? Quelle leçon a-t-on tiré de ce moment tragique dans l’histoire de cette ville ou comment échapper au pire?

Illustration du séisme de 1842. Google images
Illustration du séisme de 1842. Google images

En effet, l’histoire rapporte que dans l’après-midi du samedi 7 mai 1842, un tremblement de terre tellement violent se produit dans le Nord d’Haïti, suivi d’un tsunami, que la ville du Cap-Haïtien fut entièrement détruite. Sur une population de 10 000 habitants à l’époque, 5 000 ont trouvé la mort sur-le-champ.

C’est un Évêque catholique qui travaillait au Cap-Haïtien entre 1929 et 1953, Monseigneur Jean-Marie Jan, qui expliquera ce qui s’est passé dans « Cap-Haïtien: 1860-1966, documentation » publié en 1972 par Maison Henri Deschamps. Selon le père de l’église catholique, la ville fut transformée en un énorme champ de ruines et la majorité des Capois n’a pas eu le temps de courir ni de se dire un dernier adieu.

Pour faire court, je vous invite à lire un extrait de l’ouvrage cité pécédemment:

« Le samedi 7 mai 1842, deux jours après la fête de l’Ascension, on entendit vers les 5 h et demie de l’après-midi comme le bruit d’un tonnerre souterrain, accompagné de plusieurs secousses si violentes qu’en moins de quelques secondes, la ville du Cap fut transformée en un vaste champ de ruines ; tellement subites que la plupart des habitants n’eurent le temps ni de fuir, ni de se dire un suprême adieu. Trois personnes furent ensevelies sous les décombres de la cathédrale et plusieurs milliers sous les décombres de leurs maisons.

Au moment où la ville s’écroulait, le ciel fut tellement obscurci par les tourbillons de poussière que l’on aurait dite une nuit complète. La mer se précipita sur la ville, jusque dans les maisons qui bordent le quai et se retira aussitôt, fort heureusement. Mais les commotions en ébranlant les profondeurs avaient amené à la surface tant de vase et de détritus de toutes sortes que l’eau était noire dans tout le rade.

Le sol s’entrouvrit de toutes parts en longues crevasses mais peu larges, ayant la plupart, la direction du nord au sud et quelquefois croisées par des fissures perpendiculaires. Pour comble d’horreur, on entendit les cris terrifiants des victimes ensevelies sous les ruines ou se consumaient sous les ardeurs de l’incendie éclatant au milieu des décombres, pour achever l’œuvre de destruction.. Affolés par la terreur, ceux qui avaient pu fuir passèrent la nuit sur les places publiques et à la Fossette…

Aucun signe précurseur ne s’était manifesté pendant la journée. L’air était calme, le ciel pur et serein.

Durant toute la nuit, il y eut de fréquentes oscillations et de violentes commotions. Bien plus, les trépidations du sol se répétèrent chaque jour et quelquefois à plusieurs reprises pendant près d’un mois. La population allait passer toutes les nuits sur les places ouvertes. La catastrophe ne se borna pas à détruire le Cap, elle renversa presque toutes les villes du Nord, Port-de-Paix, Gonaïves, Fort-Liberté et dans la République Dominicaine, Santiago, Puerto Plata, etc. »

Quelle leçon pour demain?

Pour l’instant, aucune leçon n’a été retenue de ce passé tragique de la ville. Il suffit de regarder les gros bâtiments qu’on construit dans la commune sans aucune norme. En revanche, les autorités municipales du Cap-Haïtien sont en train d’organiser une campagne de sensibilisation sur la menace sismique, espérant que les autres communes du Nord suivront l’exemple.

En ce qui me concerne, il m’a été confié la tâche difficile de parler aux populations urbaines de l’Arrondissement du Cap-Haïtien. Je dis que c’est un travail difficile parce que les rumeurs disent que les gens n’écoutent plus ou n’entendent plus les consignes des autorités. Mais, dans le cadre d’un tremblement de terre, ce serait dommage qu’on n’applique pas les consignes des autorités! Ce serait très dommage!

M. Charles Philippe BERNOVILLE

CEO & directeur de recherches à PROFILE AYITI; Membre de l’Alliance haïtienne pour la Recherche, la Culture et l’Histoire; Responsable de Communication à la Mairie du Cap-Haïtien; Boursier du Département d’État des États-Unis (IVLP).

Publié le mercredi 25 Août 2021.

Visitez profileayiti.blogspot.com!

Bouton retour en haut de la page