Plaidoyer en faveur de la participation de la diaspora dans l’avancement de la barque nationale

Les ressortissants de la diaspora, à n’en pas douter, s’ils font preuve de l’esprit de courage, de discipline, du sens élevé du devoir, de l’extraordinaire élan de solidarité et du sentiment patriotique inné qui ont toujours caractérisé l’Haïtien, peuvent jouer un rôle non négligeable dans l’avancement de la ville, du village ou de la commune qui les ont vu naître, donc le redressement de notre patrie commune. Alors, d’entrée de jeu, posons cette question qui se trouve en haut de l’affiche depuis belle lurette: Comment la diaspora haïtienne peut-elle contribuer objectivement au développement d’Haïti?

L’Haïtien, quel que soit le pays où il se trouve, porte son pays natal au fond de son cœur. Lorsque deux ou trois Haïtiens se réunissent, leur sujet de prédilection est la politique en Haïti. Chacun d’eux étale des idées géniales pour faire avancer la barque nationale. La presse électronique, de plus en plus en vogue au cours de cette dernière décennie, à travers les blogs ou d’autres fora, a prouvé valablement cette assertion. Plus d’un, en dépit de leurs faibles moyens économiques, ne ratent jamais l’occasion d’envoyer un transfert d’argent pour des membres de leur famille ou des amis de longue date. L’Haïtien, tant de l’extérieur que de l’intérieur, rêve du bien-être de sa terre natale. Il rêve d’un développement, d’un relèvement. Mais, ils tardent à se manifester, à se matérialiser dans les faits. Qu’on le veuille ou non, la diaspora, bien que disparate, comme toute diaspora, d’ailleurs, contribue énormément à la survie de la République. Nous considérons la diaspora haïtienne comme une force motrice, un levier pouvant favoriser le développement d’Haïti. Dans cette optique, il nous revient de démontrer qu’à travers le Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger, la diaspora peut s’imposer en tant que moteur du développement économique d’Haïti. Haïti ne peut que compter sur sa diaspora et non les pays et gouvernements étrangers, et les organisations dites internationales. Trop souvent, nous avons pensé que notre planche de salut repose sur les Blancs qui ne cessent de nous berner ; mais aujourd’hui, il est clair que la diaspora est un passage obligé pour arriver au renouveau d’Haïti.

De l’objectif du Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger.

Le MHAVE a vu le jour en 1988. À cette époque, elle était connue sous le nom de Commissariat des Haïtiens d’Outre-Mer. Ce n’est qu’en octobre 2004 qu’il a obtenu le statut de ministère, à part entière. « Le MHAVE a donc été créé à partir du constat de l’importance, du poids, et de la valeur de la diaspora haïtienne dans la vie économique et sociale du pays et du fait qu’un simple Service ou une Direction ne saurait répondre à ses attentes et aspirations ». « De par son caractère transversal, le MHAVE représente presque tous les services de l’État ou du Gouvernement auprès de la diaspora. Il sert d’interface entre les communautés de la diaspora, entre l’État et les communautés de la diaspora, entre les communautés de la diaspora et les collectivités et organisations locales ». Le MHAVE est responsable de la gestion des relations inter haïtiennes. Il joue un rôle d’interface au sein de la diaspora elle-même, entre ses différents membres, ses différents groupes, ses différentes réalités. Le MHAVE favorise les échanges entre les haïtiens d’outre-mer et aussi entre ces derniers, et ceux d’Haïti. « Le MHAVE est un organe d’information, de liaison, d’orientation, de facilitation, d’intégration et de coordination des actions entre, d’une part, les différentes communautés haïtiennes de l’extérieur et, d’autre part, entre ces mêmes communautés de la diaspora, et celles du pays. Il se positionne donc en facilitateur de la coopération inter-haïtienne ». L’objectif global de la MHAVE est de contribuer au relèvement socio-économique du pays, en faisant de la réintégration des Haïtiens de la diaspora un vecteur d’unité, de solidarité et de développement durable.

De la nécessité de réformer le MHAVE

Le MHAVE a toujours essayé de remplir sa tâche avec ses moyens limités, mais il ne fait pas l’unanimité qu’il soit effectif dans ses efforts d’épauler la diaspora. Il y a nécessité de réformer le MHAVE afin de le rendre conforme à sa mission et plus efficace dans ses actions. Le MHAVE peut faciliter la réintégration politique, économique et sociale de la diaspora et le partenariat avec les communautés locales. Le MHAVE peut servir d’appui au Ministère du Commerce et de l’Industrie, en encourageant les rapports commerciaux. Il peut renforcer le Ministère de l’Économie et des Finances en encourageant les transferts de fonds et les investissements de capitaux dans les différents départements du pays. Il peut seconder le Ministère des Affaires Étrangères en encourageant les échanges entre les diverses associations de la diaspora et le répertorie des Haïtiens vivant à l’étranger et faciliter l’intégration de ces derniers dans la vie publique d’Haïti.

De la nécessité de créer une fédération de la diaspora représentant chaque département de la République d’Haïti.

L’un des objectifs du MHAVE est « d’impliquer les communautés de la diaspora, notamment les jeunes dans le développement du pays ». Il serait bon que le MHAVE se donne ces deux tâches immédiates. D’abord, répertorier les différentes associations régionales existant à travers la diaspora. Ensuite, encourager leur regroupement en fédération. Chaque département aurait alors une fédération d’Haïtiens de l’étranger regroupant les différentes associations locales de différentes zones, c’est-à-dire Canada, Boston, New York, Miami, Europe, Amérique Latine, etc. La diaspora est une force vitale qui peut être mise au service du développement du pays. Il faut disséquer la diaspora en associations régionales. Ces dernières peuvent s’impliquer activement dans le processus de développement de leurs régions en implantant des projets dont les fonds seraient recueillis à partir du financement des compatriotes originaires de ces différentes zones. Le ministère pourrait ensuite regrouper ces associations en une confédération des haïtiens de la diaspora. Chaque fédération aurait pour mission de statuer sur le développement de leur communauté. Chaque fédération ferait des propositions de projets et les soumettrait au gouvernement ou à l’entité politique qui gère le département, et cette entité étudierait la faisabilité du projet et pourrait constituer un organe de contrôle pour veiller à la bonne exécution du projet. La fédération se chargerait de collecter des fonds en organisant des activités avec leurs membres d’un peu partout, aussi en vendant des actions, tenant compte du caractère lucratif du projet. Au sein de la fédération il y aurait un comité de finance chargé de collecter des fonds et des sources de financement pour les projets.

Cette structure aurait permis aux membres de la diaspora de s’impliquer davantage dans le développement de leur localité ; ils auraient leur mot sur la façon dont on entamerait ce développement et participerait activement à la réalisation de leurs projets. Ceci aurait des retombées positives sur la population en créant des emplois, mais aussi les membres qui investissent leur argent pourraient tirer profit en recueillant des bons sur les bénéfices obtenus.

De la nécessité d’encourager le processus de décentralisation

Le pouvoir politique est concentré à Port-au-Prince. Sauf quelques exceptions, les activités économiques et les échanges se font à la capitale; les villes de province sont traitées en parent pauvre. Il y a nécessité de favoriser le processus de décentralisation afin de permettre aux villes de province de bénéficier d’un certain degré d’autonomie et de s’impliquer dans leur propre gestion. « La décentralisation est une politique de transfert des attributions de l’État vers des collectivités territoriales ou des institutions publiques pour qu’elles disposent d’un pouvoir juridique et d’une autonomie financière. Le transfert de ces attributions, qui restent néanmoins sous la surveillance de l’État, permet à ce dernier de décharger ses administrations centrales et de confier les responsabilités au niveau le plus adapté ».

De la nécessité de créer une commission dans chaque département regroupant les membres de la diaspora et des citoyens locaux chargée d’évaluer les ressources du département et de répertorier des axes de développement.

Le MHAVE en accord avec la fédération de chaque département pourrait créer une commission regroupant des haïtiens de l’extérieur et des citoyens locaux. Ces derniers pourraient évaluer les ressources du département et de répertorier des axes de développement. Cette commission pourrait ensuite faire des recommandations à la fédération qui se chargerait elle-même de monter des projets considérant les spécificités de la zone, et des secteurs d’activités qui pourraient répondre aux exigences des caractéristiques de la zone.

De la nécessité de créer des projets visant le développement durable et qui mettra en valeur les ressources des différents départements et qui pourront aider à la relance de l’économie locale.

Après l’évaluation des ressources disponibles et des pôles d’attraction, la fédération pourrait faire appel à des experts en développement pour monter des projets répondant aux désidératas des acteurs en question. Avec cette approche on créerait la compétition entre les départements, et les Haïtiens auraient la possibilité de s’impliquer directement dans le développement de leur localité, et auraient du coup une source de fierté dans leur réalisation. C’est un travail de titan qui nécessite une mise en branle des associations regroupant les Haïtiens de la diaspora. Avec une telle approche, le MHAVE pourrait se réinventer et aussi participer à la dynamisation des différentes communautés de la diaspora, mais jouer un rôle plus efficace dans le développement d’Haïti. La diaspora dispose de ressources humaines et financières, mais il faut savoir comment les canaliser pour aboutir à la revitalisation de l’économie haïtienne. Je crois dur comme fer qu’un tel projet pourrait apporter un brin de changement sous le soleil d’Haïti.

Kerlens Tilus 02/21/2021
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Tel : 631-639=0844

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